Le bien, c'est la qualité des actions moralement bonnes, conformes au concept de la liberté. La marque de la déchéance, c'est que l'être humain est clivé entre la faculté de sentir et la faculté de penser, qui sont irrémédiablement séparées. Et, néanmoins, tous leurs efforts tendent à se réunifier. On peut définir le jugement d'une double façon : sur le plan logique, c'est un terme qui se dit d'un autre terme ; sur le plan transcendantal, c'est l'acte par lequel la faculté de penser et la faculté de sentir cherchent à s'accorder. Le jugement, c'est la médiation. La médiation, c'est emprunter l'intermédiaire d'une autre représentation, ce qui permet à l'attribut de se rapporter à son objet médiatement, par l'intermédiaire d'une autre représentation, qui est l'intuition qui sert de sujet à la proposition. Le jugement réfléchissant, c'est : je me promène dans une forêt, je vois des arbres ; j'en vois un et je me demande : c'est quoi, cet arbre ? Est-ce un sapin ou un tilleul ? On cherche. La faculté de penser et la faculté de sentir cherchent à s'accorder. Quelque chose se présente dans la sensibilité, dont je ne sais pas si c'est un tilleul ou un sapin ; donc, je cherche le concept qui s'applique à ce qui se présente dans mon expérience. Les concepts de la faculté de penser sont comme des fiches sur lesquelles sont inscrits les noms et les caractères des arbres et je me demande quelle fiche appliquer. Et c'est là que la faculté de penser et la faculté de sentir cherchent à s'accorder. Cette opération consiste à comparer la feuille que la faculté de sentir tient dans la main à celle que la faculté de penser a ramassée en allant à la bibliothèque. Quand on compare et qu'on réfléchit, cela s'appelle la réflexion. La faculté de sentir, elle connaît tout, mais ne sait rien. Elle apprécie les feuilles d'arbre, elle se vautre dans un lit de feuilles, mais elle ne sait pas d'où proviennent ces feuilles. De l'autre côté, la faculté de penser sait tout, mais ne connaît rien. Elle sait à quoi ressemble une feuille de tilleul, mais n'en a jamais vu. Un jugement, c'est une relation entre la faculté de sentir et la faculté de penser. La faculté de sentir présente à la faculté de penser une superbe feuille et lui dit : « Ô faculté de penser, regarde cette belle feuille, toi qui n'as d'yeux que pour lire, et dis-moi comment s'appelle l'arbre d'où elle provient ? ». Et la faculté de penser se réveille, va chercher son traité de botanique et affirme que c'est un tilleul. Lorsque l'on cherche ou que l'on réfléchit, on cherche le concept qui correspond à ce que présente la faculté de sentir. Dans un premier stade, la relation entre la faculté de penser et la faculté de sentir est peu déterminée, elle est relativement ouverte. Lorsque la faculté de penser finit par trouver un concept qui est parfaitement adéquat à ce que la faculté de sentir lui présente, le jugement cesse d'être réfléchissant et devient un jugement déterminant. Dans un jugement déterminant, qu'est-ce qui détermine quoi ? Dans le cas d'espèce, c'est le concept de la faculté de penser qui détermine l'intuition de la faculté de sentir, par exemple : « C'est une feuille de tilleul », et la détermination de la feuille comme étant une feuille de tilleul, ceci est un jugement. Inversement, il n'y a de connaissance que par l'intermédiaire de la faculté de penser, qui est donc ce qui donne accès à la connaissance ; la connaissance est donc médiate. Une connaissance, c'est, toujours, une intuition et un concept. Il n'y a donc de connaissance que sous la forme de jugements, d'une façon, toujours, indirecte, donc médiate, sauf dans le cas des mathématiques, où ce n'est pas un concept qui détermine une intuition, mais une intuition qui détermine un concept, par exemple en attribuant telle valeur à R dans l'équation du cercle x2+y2=R2.

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