Soit le jugement : « Cela est beau ». Qu'est-ce qui distingue ce jugement du jugement : « Ceci est une baleine » ? Ce qui distingue ces deux jugements l'un de l'autre, c'est que, dans le premier cas, le jugement est réfléchissant, et, dans le deuxième cas, le jugement est déterminant. Ce qui fonde le jugement déterminant, c'est le jugement réfléchissant. C'est-à-dire que, s'il y a des jugements déterminants, c'est parce qu'il y a, d'abord, des jugements réfléchissants, car le jugement réfléchissant est la forme primordiale du jugement. Si les conditions de possibilité du vrai et du bien sont possibles, c'est parce qu'il y a, d'abord, des conditions de possibilité du beau. S'il y a du vrai et du bien, c'est parce qu'il y a du beau. Ce qu'il y a de plus profond, chez l'être humain, c'est le sentiment du beau, et non pas le sentiment de la liberté, car cela reste un jugement déterminant. La liberté, c'est le pouvoir que possède l'être humain de faire le bien. La liberté, c'est le pouvoir de refuser quelque chose qu'on désire, mais qu'on ne veut pas. Le désir est déterminé par une cause naturelle, mais la volonté est déterminée par le concept de liberté.
    Pourquoi le sentiment du beau est-il ce qu'il y a de plus profond chez l'être humain ? Parce que, premièrement, nous avons vu, dans le cours sur la Critique de la Raison pure, que la déchéance de l'être humain consiste en ceci, que l'être humain est irrémédiablement clivé entre la faculté de sentir et la faculté de penser. Par conséquent, l'être humain semble condamné à une perpétuelle schizophrénie. Deuxièmement, le sentiment du beau, c'est un sentiment qui vous fait faire une expérience qui pourrait vous donner à penser que, somme toute, ce clivage entre la faculté de penser et la faculté de sentir n'est peut-être pas insurmontable, parce que le sentiment du beau vous donne comme l'impression que la faculté de penser et la faculté de sentir seraient, peut-être, faites l'une en vue de l'autre, et réciproquement. Et c'est ça, le sentiment du beau.
    Ce sentiment est éveillé par un objet qu'on déclare beau. Qu'est-ce qu'un objet qui est beau ? C'est un objet qui vous donne le sentiment que la faculté de sentir et la faculté de penser sont faites l'une en vue de l'autre. Comment appelle-t-on la relation entre ce qui existe en vue de quelque chose et ce en vue de quoi cela existe ? Premièrement, ce qui existe en vue de quelque chose s'appelle un moyen ; ce en vue de quoi il existe s'appelle une fin ; la relation entre les deux s'appelle la finalité. Comment appelle-t-on, d'une façon générale, la relation entre la faculté de penser et la faculté de sentir ? Cela s'appelle un jugement ; par conséquent, le sentiment du beau est le sentiment qui accompagne un jugement, lorsque ce jugement témoigne d'une finalité.

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