l'unité de l'œuvre critique
leçon du mardi 21 janvier 2003
Kant résume son œuvre critique par trois questions : « Que puis-je savoir ? » (peu de choses) ; « Que dois-je faire ? » ; « Que m'est-il permis d'espérer ? ».
La première question fait l'objet de la Critique de la Raison pure, où il montre que, si la connaissance humaine ne dérive pas, en ses principes, de l'expérience sensible, en revanche, elle ne s'applique qu'à elle. Par conséquent, je ne peux pas savoir que Dieu existe, parce que Dieu n'est pas l'objet d'une expérience sensible possible. En effet, une connaissance sensible est, toujours, quelque chose qui se présente dans l'espace et dans le temps ; Dieu ne peut pas se représenter dans l'espace et dans le temps ; donc je ne peux rien savoir sur Dieu avec ma raison. L'un des résultats de la Critique de la Raison pure est qu'il ne peut y avoir de démonstration rationnelle de l'existence de Dieu, car, s'il est vrai que la raison humaine fournit les principes qui rendent la connaissance possible (les catégories), en revanche, ces principes ne s'appliquent qu'à ce qui se présente dans l'espace et dans le temps, c'est-à-dire dans l'expérience sensible. Les catégories ne s'appliquent pas à Dieu, car il n'est pas l'objet d'une expérience possible. Pour les mêmes raisons, il ne peut y avoir non plus de démonstration rationnelle de l'immortalité de l'Ame. Sur tous ces points, Kant s'oppose, à la fois, à une théologie dogmatique qui dit : « Dieu existe ; je peux le démontrer », et à une théologie sceptique qui dit : « Dieu n'existe pas, je peux le démontrer aussi ». Kant n'est ni dogmatique, ni sceptique ; il est critique. La théologie dogmatique est celle des « aristotéliciens » de son époque, c'est-à-dire les post-scolastiques, dans les Universités et dans les Facultés de théologie, des gens comme Moïse Mendelssohn ; la théologie sceptique est celle des « épicuriens ».
La deuxième question : « Que dois-je faire ? » fait l'objet de la Critique de la Raison pratique. La troisième question, c'est l'objet de la Critique de la faculté de juger. La faculté de penser et la faculté de sentir se rejoignent, comme les deux morceaux d'un plat cassé, dans la béatitude. Mais est-ce que la béatitude existe? Nous sommes forcés de dire que nous n'en savons rien. Mais est-ce que j'ai un motif d'espérer que la béatitude existe ? Oui. Le beau, c'est un motif d'espérer qu'un jour l'antique blessure sera guérie. Quelle différence y a-t-il entre la connaissance et l'expérience du beau ? Dans les deux cas, il s'agit d'un jugement, c'est-à-dire qu'on se trouve devant l'exercice de la faculté de juger. Comment fonctionne la faculté de juger ? Un jugement, c'est une relation qui s'instaure entre la faculté de penser et la faculté de sentir. Un jugement réfléchissant, c'est : je réfléchis pour savoir si c'est un sapin ou un bouleau. Réfléchir veut dire que la faculté de penser et la faculté de sentir cherchent à instaurer un accord où leur relation tend à se stabiliser. Que faudrait-il pour déterminer ce jugement ? Que je trouve, dans ce que je vois, un critère décisif en faveur de l'un ou de l'autre des deux concepts. Un jugement est déterminant, lorsque le principe qui détermine la faculté de juger est un concept; un jugement est, au contraire, réfléchissant, lorsque la faculté de juger cherche à se déterminer, en hésitant entre plusieurs concepts possibles : «Est-ce un sapin ou un tilleul ? » ; l'exemple type du jugement réfléchissant, c'est le diagnostic médical. Lorsque je ne sais pas si c'est un sapin ou un tilleul, le jugement réfléchissant trouve le moyen de le reconnaître et se transforme en jugement déterminant. Le jugement réfléchissant est un état provisoire et transitoire de la faculté de juger. Il est provisoire et transitoire parce qu'il tend vers une fin dans un équilibre définitif. L'expérience du beau est un jugement réfléchissant qui n'aboutit jamais à une stabilisation, mais demeure toujours dans un équilibre précaire.
La première question fait l'objet de la Critique de la Raison pure, où il montre que, si la connaissance humaine ne dérive pas, en ses principes, de l'expérience sensible, en revanche, elle ne s'applique qu'à elle. Par conséquent, je ne peux pas savoir que Dieu existe, parce que Dieu n'est pas l'objet d'une expérience sensible possible. En effet, une connaissance sensible est, toujours, quelque chose qui se présente dans l'espace et dans le temps ; Dieu ne peut pas se représenter dans l'espace et dans le temps ; donc je ne peux rien savoir sur Dieu avec ma raison. L'un des résultats de la Critique de la Raison pure est qu'il ne peut y avoir de démonstration rationnelle de l'existence de Dieu, car, s'il est vrai que la raison humaine fournit les principes qui rendent la connaissance possible (les catégories), en revanche, ces principes ne s'appliquent qu'à ce qui se présente dans l'espace et dans le temps, c'est-à-dire dans l'expérience sensible. Les catégories ne s'appliquent pas à Dieu, car il n'est pas l'objet d'une expérience possible. Pour les mêmes raisons, il ne peut y avoir non plus de démonstration rationnelle de l'immortalité de l'Ame. Sur tous ces points, Kant s'oppose, à la fois, à une théologie dogmatique qui dit : « Dieu existe ; je peux le démontrer », et à une théologie sceptique qui dit : « Dieu n'existe pas, je peux le démontrer aussi ». Kant n'est ni dogmatique, ni sceptique ; il est critique. La théologie dogmatique est celle des « aristotéliciens » de son époque, c'est-à-dire les post-scolastiques, dans les Universités et dans les Facultés de théologie, des gens comme Moïse Mendelssohn ; la théologie sceptique est celle des « épicuriens ».
La deuxième question : « Que dois-je faire ? » fait l'objet de la Critique de la Raison pratique. La troisième question, c'est l'objet de la Critique de la faculté de juger. La faculté de penser et la faculté de sentir se rejoignent, comme les deux morceaux d'un plat cassé, dans la béatitude. Mais est-ce que la béatitude existe? Nous sommes forcés de dire que nous n'en savons rien. Mais est-ce que j'ai un motif d'espérer que la béatitude existe ? Oui. Le beau, c'est un motif d'espérer qu'un jour l'antique blessure sera guérie. Quelle différence y a-t-il entre la connaissance et l'expérience du beau ? Dans les deux cas, il s'agit d'un jugement, c'est-à-dire qu'on se trouve devant l'exercice de la faculté de juger. Comment fonctionne la faculté de juger ? Un jugement, c'est une relation qui s'instaure entre la faculté de penser et la faculté de sentir. Un jugement réfléchissant, c'est : je réfléchis pour savoir si c'est un sapin ou un bouleau. Réfléchir veut dire que la faculté de penser et la faculté de sentir cherchent à instaurer un accord où leur relation tend à se stabiliser. Que faudrait-il pour déterminer ce jugement ? Que je trouve, dans ce que je vois, un critère décisif en faveur de l'un ou de l'autre des deux concepts. Un jugement est déterminant, lorsque le principe qui détermine la faculté de juger est un concept; un jugement est, au contraire, réfléchissant, lorsque la faculté de juger cherche à se déterminer, en hésitant entre plusieurs concepts possibles : «Est-ce un sapin ou un tilleul ? » ; l'exemple type du jugement réfléchissant, c'est le diagnostic médical. Lorsque je ne sais pas si c'est un sapin ou un tilleul, le jugement réfléchissant trouve le moyen de le reconnaître et se transforme en jugement déterminant. Le jugement réfléchissant est un état provisoire et transitoire de la faculté de juger. Il est provisoire et transitoire parce qu'il tend vers une fin dans un équilibre définitif. L'expérience du beau est un jugement réfléchissant qui n'aboutit jamais à une stabilisation, mais demeure toujours dans un équilibre précaire.
Par oyseaulx
| Avant
| 10/09/2006 21:42
| Après
| Actualités
|
aucun commentaire
| Lu 1288 fois
|